André et Jacqueline, à perte de vue
André
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au bout du compte
l’entretien interminable qui débuta en 1966
et finalement non
restera infini
il m’est impossible d’écrire “il” à ton encontre,
tu es de la troupe des lutteurs-locuteurs privilégiés
avec lesquels je convoque les nuits pour confronter des trouvailles
( Félix était aussi un sacré contradicteur)
en tête à tête, même virtuel, je ne conjugue pas à la troisième personne
Pour entretenir la flamme, ces dernières années, on à fait quelques jolis coups
j’ai pu installer ma ménagerie d’images chez toi, au théâtre et lâcher quelques ours mal léchés à l’occasion dans les improvisations avec Lubat
Pourquoi, comble de l’impudeur, publier cette avant dernière conversation post datée ?
et pourquoi ce besoin du théâtre, d’expiation, de chimère de raisonnement surexposé au jour
d’où vient tout avenir
où s’efface tout présent
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A la fin des commencements c'est « Remember »,
Pendant tout ce temps passé à tenter l’existence, à se laisser tenter par elles
à chercher le sens caché de chaque seconde sans s’économiser, insatiables, increvables,
l’énigme de la veste de Géronimo, les lacunes de Marx, la dépouille de guevara, Debord et Lénine, le traité du Zen et des motocyclettes, le tir à l’arc, le montage vidéo à la cymbale, l’éloge de la paresse, l’amour du désir des femmes, les villes piquées à vif, la ronéo à manivelle, la sérigraphie de nuit, le lancer du couteau, les nuits minérales et les nuits de mots et le magnétophone pour en finir avec le jugement de dieu, et l’oedipe increvable et grotowski, stanislavsky, brecht artaud et le living, et les pintades de jean-marie, et jo au train bleu en vrai chef de gare et la Madone chez Serreau et les réveillons au théâtre avec les Tavellois à la guitare déglinguée le shakespeare à moto à Uzeste dans l'orage et le feu et puis
toujours plus pareil il reste à présent le même éternel à venir à lire entre les mêmes lignes distendues par la fatigue
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il y a quelques jours
après la disparition de Jacqueline
tu dis :
“maintenant, plus aucun projet n'est possible, il ne reste que des photos et des souvenirs…”
On a cherché le chant de Jacqueline dans les cassettes, et ça t'a fait marrer que je sois obligé de rembobiner à la main avec un crayon...
en écoutant sa voix, je réalise à quel point elle a inspiré ton écriture de théâtre. Cette voix aigüe, avec un vibrato paradoxal, en équilibre sur un fil sans matière, une voix à fendre un arbre à distance, et puis après mutine, enfantine et ainsi de suite… Dans cet espace fixé sans attache visible, on entend les mots comme on travaille la pierre, et quand elle dit “nous nous reposerons”, on entend la poussière à l’intérieur de la pierre.
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Prendre une barque lente pour la chine…
Vendredi, tu as dit, parait-il, en prenant ton costume de scène :
” je pars jouer dans un autre théâtre “, et tu es sorti de la couverture radar
encore une énigme sur le rôle de la veste
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Dans cette pièce là, pas d'inquiétude, tu fus exact, parfaitement sidéral et beau, comment dire autrement
Une scène peinte par Le Caravage, un drapé à la Ernest P., avec des ajouts de Rubens, des angelots autour, et le vent de la moto dans les cheveux.
Tu étais devenu respiration, la forge de Gilliatt , ce genre de souffle qui s’apprête à traverser les siècles, qui se prépare au premier pas.
Tu étais devenu statue de vent

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idéogramme de "souffle ", (yan)
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e aqui moun fraire, me senti solas sol
tu as écrit sur les larmes de ta colère,
mais les pièces ne faisaient pas pleurer ( les spectateurs s’entend)
le combat est sans mesure, sans merci, sans avenir
Si tu aperçois la fin des temps après tout, fais nous un signe.
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une autre fois dans l’autre siècle une après-midi de pluie..
enregistrement d' extraits de pièces avec Jacqueline et Bertrand
j' y retrouve un court poème à propos d’un caillou gris dans lequel
tu t’incorpores en douceur à la fin
je ferai avec
nous ferons avec
pour la route
le crayon à rembobiner, je le garde
le caillou aussi
salut
et merci pour la compagnie, avec les masques
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ps:
pendant l’enregistrement
un orage incroyable interrompt la séance au théâtre
on t’entend dire “Allez, on lève l’ancre” ou “Allez, on lève l’encre”
je n’étais pas sûr de l’orthographe pour lève (accent grave ou bien circonflexe?)
les définitions du dictionnaire, pour un mot si banal, sont intéressantes
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lever
(verbe transitif et intransitif)
Mettre dans une situation plus haute.
Redresser une personne ou une chose qui était étendue.
Oter, enlever.
Découper.
Lever un lièvre: le faire partir.
Faire cesser: lever un embargo.
Enrôler: lever des troupes.
Fermenter, se gonfler en parlant de la pâte.
Lever un plan: tracer un plan.
Lever le pied: s’enfuir.
Sortir de terre.
Se lever: se mettre debout, sortir du lit.
Se montrer à l’horizon.
Se dit du vent qui commence à souffler.
S’éclaircir, en parlant du temps.
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> lever
(nom masculin)
Action d’établir un plan.
Action de sortir du lit.
Moment auquel on se lève.
Moment où un astre paraît sur l’horizon.
Le lever de rideau: moment où le rideau se lève et découvre la scène du théâtre aux spectateurs.
Petite pièce au début du spectacle.
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jm Peytavin /16/07/09